Lire, appeler, crier, proclamer
Savez-vous qu’au moment où Israël, peuple du Livre, est honoré au Salon du Livre de Paris, on lit dans les synagogues le début du Lévitique, troisième livre de Moïse, qui commence par le mot וַיִּקְרָא, WYQRA, Vayiqra, son titre en hébreu ?
André Chouraqui, zl, présente ainsi ce livre :
« Il crie vers Moshé… Ainsi débute ce volume, avec ces mots dont la racine est voisine du mot arabe Qur’an qui donne en français Coran, le Cri, proclamation publique de la parole d’Allah. ». Selon la tradition musulmane de la Révélation, Mahomet voit les versets danser devant ses yeux et l’ange Gabriel lui intime «Proclame!». Certaines traductions du Coran ont pour titre «L’Appel», d’autres, «La Lecture».
Quand un garde champêtre fait une “proclamation”, quand un adjudant fait “l’appel”, ils lisent un document préétabli. C’est pourquoi קְרָא, QRA, a aussi le sens de « lire à haute voix », puis de «lire», tout court. Deutéronome 17, 19 dispose que le futur roi d’Israël devra porter sur lui un exemplaire de la Torah et le lire, קְרָא, QRA, tous les jours de sa vie.
Le verbe קְרָא, QRA, associé à un dérivé de שְׁמ, SM, Chem, nom, est rendu par « appeler », au sens de « nommer ». Ainsi en Genèse 17,19,
וְקָרָאתָ אֶת־שְׁמוֹ יִצְחָק
WQRAT AT-SMW YZEQ
Veqrata Ète-Chemo Itshaq,
« tu proclameras son nom Isaac »
est rendu généralement par « tu l’appelleras Isaac ».
De même, dès le cinquième verset de la Torah,
וַיִּקְרָא אֱלֹהִים לָאוֹר יוֹם וְלַחֹשֶׁךְ קָרָא לָיְלָה
WYQRA ALHYM LAWR YWM WLESK QRA LYLH
Vayiqra Elohim Le’or Yom vela’Hoshekh Qara Lailah
« Et Il proclama, Elohim, pour la lumière Jour et pour les ténèbres il proclama Nuit »
est traduit en général :
« Dieu appela la lumière Jour et les ténèbres Nuit ».
André Chouraqui, fidèle à lui-même, traduit ici aussi QRA par «crier»:
« Elohim crie à la lumière : « Jour ». A la ténèbre il avait crié « Nuit » ».
Et de même, au lieu de « Tu l’appelleras Isaac », il utilise l’impératif : « Crie son nom, Isaac ! »
Sur le même sujet, voir “J’écris ton nom, Liberté”