La Tour du Babil

Voici la traduction Louis Segond de l’épisode de la Tour de Babel (Genèse 11, 1-9)

1 Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots.
2 Comme ils étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Schinear, et ils y habitèrent.
3 Ils se dirent l’un à l’autre: Allons! faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment.
4 Ils dirent encore: Allons! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.
5 L’Eternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes.
6 Et l’Eternel dit: Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté.
7 Allons! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres.
8 Et l’Eternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre; et ils cessèrent de bâtir la ville.
9 C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Eternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Eternel les dispersa sur la face de toute la terre.

Comment faire comprendre que tout ce passage est bâti (c’est le cas de le dire) sur plusieurs allitérations dont la principale tourne autour de la racine BN, et dont aucune traduction ne peut rendre compte ? Prenons le verset 3 :

Faisons des briques
נִלְבְּנָה לְבֵנִים
NLBNH LBNYM
Nilvenah Levenim

et cuisons-les au feu
וְנִשְׂרְפָה לִשְׂרֵפָה
WNSRFH LSRFH
VeNishrephah liShrephah

La brique leur servit de pierre
וַתְּהִי לָהֶם הַלְּבֵנָה לְאָבֶן
WTHY LHM HLBNH LABN
VaTehy Lahem HaLevena leAven

et le bitume de mortier
וְהַחֵמָר הָיָה לָהֶם לַחֹמֶר
WHEMR HYH LHM LEMR
Veha’Hemar Hayéh Lahem la’Homer

Chouraqui essaye de rendre les deux premières allitérations :

3. Ils disent, l’homme à son compagnon:
« Offrons, briquetons des briques ! Flambons-les à la flambée ! »
La brique est pour eux pierre, le bitume est pour eux argile.

« Flambons-les à la flambée » rend la répétition de la racine SRF (d’où vient « séraphin »), qui signifie « brûler ». Et « briquetons des briques » veut rendre celle de la racine LBN, qui signifie « blanc », et assonne avec ABN, Even, « pierre », BN, ben, « fils », BNH, banah, « construire »… Mais pourquoi pas « Blanchissons des blanches », ou « Enfilons des fils »?

Voilà des bambins qui jouent avec un jeu de construction et un cahier de coloriage, empilent des cubes, colorient des ronds, dessinent des Aleph, balbutient des Beth, ânonnent des Noun, mais qui n’apprendront à lire et à écrire leur langue respective qu’en étudiant (Lamed, d’où Talmud) avec leurs parents et leurs maîtres. La Tour du Babil, c’est élémentaire, comprenez-vous ?

On trouvera deux constructions midrashiques sur la Tour de Babel dans « Le champ du Midrash »:
« La construction d’Hermas »
« Les Éléphants« 

Une réponse à “La Tour du Babil”

  1. Jonas dit:

    Puis-je me permettre, après avoir salué votre article comme il le mérite, de vous signaler que sur le sujet j’ai écrit un article intitulé « Une petite tour et puis s’en vont« .

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