Vérité biologique et vérité sociale
Quand les Sages rectifient la Torah
En Genèse 18, 22, « l’Eternel se tient devant Abraham ». Par révérence, les scribes (Soferim) ont interverti : « Abraham se tient devant l’Éternel ». Mais ils ont dûment enregistré le souvenir de leur rectification.
Alors que Sarah est enceinte, se mettent en place les deux interlocuteurs d’un prodigieux marchandage. Abraham sera le père d’Isaac, mais comment assurer la continuité d’une ville où, jusque là, tout le monde couche avec tout le monde ? Qui sont les pères ? Dix Justes sont nécessaires pour sauver Sodome.
En matière de filiation, il arrive que la biologie elle-même, qui relève du divin, « s’incline » devant le témoignage recueilli par des Justes. La filiation « fait foi » dès lors qu’elle est établie par déclaration devant un tribunal, institution minimale de tout peuple, société, État. Cette déclaration peut n’être pas conforme à la vérité biologique sans que l’ordre public, ni la psychologie de l’enfant en soient forcément troublés.
Il n’y a de vérité que relative et le juste peut n’être pas le vrai. Mais il n’y a aussi de loi que relative, puisque la Torah n’a de sens qu’interprétée par un aréopage de Sages. Quand vérité biologique et vérité sociale diffèrent, en cas d’adoption par exemple, la vérité sociale prime : c’est le respect de « l’autorité de la chose jugée ».