L’ancêtre inconnu

Au début de la parasha Ki-Tavo figurent les quatre versets de Deutéronome 26 repris et commentés dans la Haggadah de Pessa’h.

Le premier de ces versets est :
5 Tu prendras encore la parole, et tu diras devant l’Eternel, ton Dieu : Mon père était un Araméen nomade; il descendit en Egypte avec peu de gens, et il y fixa son séjour; là, il devint une nation grande, puissante et nombreuse.

Le passage traduit ici (Louis Segond) par « Mon père était un Araméen nomade » est dans le texte: אֲרַמִּי אֹבֵד אָבִי, ARMY ABD ABY, Arami Oved Avi. Le verbe אֹבֵד, ABD, Oved, signifie « se perdre, être perdu » au sens de « périr ».
Chouraqui traduit par « Arami perdu, mon père …« , Darby par « Mon père était un Araméen qui périssait« , Samuel Cahen par « mon père l’Araméen était errant« , le Rabbinat par « Enfant d’Aram, mon père était errant« . Dans ces traductions, Jacob, qui « descendit en Egypte » semble être tout à la fois « mon père » et « Araméen ».

Mais d’après la Haggadah, « l’Araméen » est Laban, le père de Léa et Rébecca, désigné comme tel en Genèse 31, 20 et 24, et la traduction est : « L’Araméen (Laban) voulait perdre mon père (Jacob)« . Rachi, cité sur Sefarim, va dans ce sens : « L’Arami voulait faire aller mon père à sa perte » – Lavan voulait déraciner la totalité [d’Israël] lorsqu’il a poursuivi Ya‘aqov. Et puisqu’il a eu l’intention de le faire, Hachem le lui a porté à son compte comme s’il l’avait fait effectivement. Car le Saint béni soit-Il porte à leur compte les intentions des idolâtres comme s’ils les avaient mises à exécution. Elie Munk, dans Qol HaTorah, traduit par « Un Araméen voulait faire périr mon père » sans commenter le verset.

La Septante dit tout autre chose : « Mon père abandonna la Syrie« . Les traducteurs notent : « L’hébreu donne trois mots difficiles à interpréter, souvent traduits par « Mon père était un Araméen errant« . Mais le Targum et d’autres exégètes inversent la syntaxe et comprennent : « l’Araméen [Balaam] voulait tuer mon père. »  » (cette allusion à Balaam est surprenante; sans doute s’agit-il d’un lapsus).

On notera que le nom d’Aram, ARM, comme celui d’Abram, ABRM, contient la syllabe RM, Ram, qui signifie « haut ». (D’où le nom de diverses « villes hautes », Ramah, Ramallah, et … Rome, bâtie sur sept collines). « Mon père l’Araméen » peut s’interpréter comme « l’ancêtre qui est « en haut »… de l’arbre généalogique ». Savez-vous qui était le beau-père de votre plus ancien ancêtre en lignée masculine ? Quand ce beau-père donna sa fille en mariage, quelle « descendance » espérait-il ?

Voir : Sur le massacre des Innocents

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