Ne pas connaître

On parle, avec un sourire entendu, de « Connaître, au sens biblique ». Mais quid de sa négation « Ne pas connaître »?

En Exode 1,8 « s’élève sur l’Egypte un nouveau roi qui n’avait pas connu Joseph (אֲשֶׁר לֹא־יָדַע אֶת־יוֹסֵף, ASR LA-YDŒ AT-YWXF, Achère Lo Yad’a Ète-Yossef).

« Ne pas connaître » se retrouve dans le célèbre verset Isaïe 1, 3 :
Le bœuf connaît (יָדַע שׁוֹר, YDŒ SWR, Yada’ Chor) son acquéreur, l’âne la crèche de son maître, Mais Israël ne connaît pas (לֹא יָדַע, LA YDŒ, Lo Yada’ .

YDŒ, yada’, c’est « connaître », au sens biblique. C’est une erreur de limiter cette « connaissance » au rapport sexuel. Le bœuf n’a manifestement pas de rapport sexuel avec son maître, ni l’âne avec sa crêche, ils en ont une connaissance intime, instinctive, naturelle. Connaître une femme, au sens biblique, c’est en avoir une connaissance intime, instinctive, naturelle, c’est l' »épouser », au sens propre. « Connaître sa femme », c’est la « reconnaître » comme telle.

Or Genèse 24,16 montre que c’est une chose d’être vierge et une autre de n’avoir pas connu d’homme :
La jeune fille (Rebecca) était très belle de figure, vierge, et nul homme ne l’avait connue (בְּתוּלָה וְאִישׁ לֹא יְדָעָהּ, BTWLH WAYS LA YDŒH, Betoulah VeIch Lo Yodé’ah)

La même expression négative לֹא יָדַע, LA YDŒ, Lo Yada’ , « ne pas connaître », est employée de façon significative dans deux épisodes scabreux de la Genèse. Le premier est celui des filles de Lot, qui couchent certes avec leur père, mais personne ne les « connaît ». Le second est celui de la femme de Putiphar qui cherche, sans succès, à séduire Joseph. Dans cet épisode, c’est Putiphar, « Adon » de Joseph, qui ne « connaît » rien.

Genèse 19 :
6 Lot sortit vers eux à l’entrée, et ferma la porte après lui;
7 et il dit: Je vous prie, mes frères, ne faites pas mal.
8 Voici, j’ai deux filles qui n’ont point connu d’homme (לֹא־יָדְעוּ אִישׁ, LA-YDŒW AYS, Lo Yodé’ou Ich); laissez-moi les faire sortir vers vous, et faites-leur comme il vous plaira. (…)
32 Allons, faisons boire du vin à notre ère et couchons avec lui, afin que nous conservions des enfants de notre père.
33 Elles firent donc boire du vin à leur père cette nuit ; l’aînée vint se coucher avec son père. Et il ne connaît (וְלֹא־יָדַע, WLA-YDŒ, Velo Yad’a) ni son coucher ni son lever.
34 Le lendemain, l’aînée dit à la plus jeune : j’ai couché hier avec mon père, faisons-le encore boire du vin cette nuit, viens coucher avec lui, afin que nous conservions des enfants de notre père.
35 Elles firent donc encore boire du vin à leur père cette nuit ; la plus jeune vint se coucher avec lui. Et il ne connaît (וְלֹא־יָדַע, WLA-YDŒ, Velo Yad’a) ni son coucher ni son lever.

Genèse 39 :
6 Il (Putiphar) abandonne tout ce qui est à lui dans la main de Joseph. Et il ne le connaît pas (וְלֹא־יָדַע אִתּוֹ, WLA-YDŒ ATW, VeLo-Yada Ito), sauf le pain qu’il mangeait. Et c’est Joseph, beau de tournure, beau à voir.
7 Et c’est après ces paroles, la femme de son Adôn porte ses yeux sur Joseph et dit: « Couche avec moi. »
8 Il refuse et dit à la femme de son Adôn: « Voici, mon Adôn ne me connaît pas (לֹא־יָדַע אִתִּי, LA-YDŒ ATY, Lo-Yad’a Iti), ni ce qui est à la maison: tout ce qui existe pour lui, il me l’a donné en main.(…) »

Voir aussi :
Lectures de « Shemot » (GRJO)
Montées de Shemot (RMAN)
Je serai Qui Je serai

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