Une césure mal venue

La Création du Septième Jour doit-elle être séparée de celle des Six premiers ?

Après la Création de l’Homme, mâle et femelle, au verset 27, le chapitre 1er de la Genèse s’achève au verset 31 par la formule « Il fut soir, il fut matin, Sixième Jour ». Il faut tourner la page pour lire les premiers versets du chapitre 2 : « Ainsi furent accomplis les cieux et la terre, et toute leur armée. Dieu accomplit au Septième Jour Son œuvre qu’Il avait faite : et Il se reposa au septième jour de toute Son œuvre, qu’Il avait faite. Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car en ce jour Il s’est reposé de toute l’œuvre qu’Il avait créée et faite ».

“Sixième jour” s’écrit YWM HSSY, et se lit Yom HaChichi, mot à mot “Jour le Sixième”. SSY, Chichi, est l’ordinal du cardinal SS, Chéch, qui signifie “six”. Il est clair que “Six” vient de “Chech” : nous devrions dire “Jour le chichième” ! De plus, le verbe traduit ici par “se reposa” s’écrit SBT, et a donné le mot “Sabbat”, et de là le mot “Sept”.

Le Quatrième commandement (Exode 20, 8) énonce « Souviens-toi du jour du repos pour le sanctifier ». Précisément la sanctification, le Qiddouch (QDWS) du Vendredi soir, lors de l’entrée du Shabbat, à la table familiale des Juifs tant soit peu pratiquants, commence par la lecture de la fin du chapitre 1er et du début du chapitre 2 de la Genèse réunifiés : YWM HSSY WYKLW HSMYM Yom HaChici Vayekhoulou HaChamaym… « Jour le Sixième. Ainsi furent accomplis les cieux… » Les exégètes n’ont pas manqué de remarquer que ces quatre mots ont pour initiales YHWH, argument décisif à leurs yeux pour interdire de les séparer.

Et pourtant cette séparation était inscrite dès la traduction de la Septante qui au verset Genèse 2, 2 porte « Dieu acheva le Sixième Jour les œuvres qu’Il avait faites », Sixième et non Septième. Les traducteurs de la Septante glissent en note « Il n’y a cependant pas de contradiction entre les deux traditions si l’on comprend en hébreu que, le Septième jour, Dieu “avait achevé“ la création (1) » Mais si ! il y a une contradiction, accomplir n’est pas achever. Le Septième jour « complète-t-il » la Création, fait-il partie du « tout » qu’est la Création ? Ou bien celle-ci était-elle finie, terminée, le Sixième jour et l’Éternel n’a rien « fait » le Septième ?

L’Homo Adam n’est pas terminé au sixième jour ; pour devenir l’Homo Sapiens Sapiens, l’Homo Sapiens doit être encore doté de la capacité de se repérer dans le temps, ce que lui permet l’institution de la semaine de sept jours. Il devient ainsi capable en particulier « d’écrire l’histoire ». Quand la tradition juive date la Création du Monde de l’an 3760 avant l’Ère commune, elle parle du monde historique, dont des « chroniques » existent. Ce qui se passe avant, c’est la Préhistoire, pendant laquelle l’Homme en cours d’évolution, n’est ni achevé, ni terminé, ni complété.

(1) Cécile Dogniez, Marguerite Harl (dir.) Le Pentateuque, la Bible d’Alexandrie, folio-essais, Cerf-Gallimard, 2001. Note sur Genèse 2, 2 p. 695

Voir aussi :
Histoire et préhistoire

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