Des noms chargés de sens

En Genèse 4,2, Ève enfante de nouveau. Plutôt, comme dit Chouraqui, “elle ajoute à enfanter” son frère Abel.

וַתֹּסֶף לָלֶדֶת אֶת־אָחִיו אֶת־הָבֶל
WTXF LLDT AT-AEYW AT-HBL
VaTossef LaLèdet’ Ète-A’hiw Ète-Havel
La racine XF, Sef est celle du verbe HWXYF, Hossif, “ajouter”, qu’on retrouvera dans le nom de Joseph (1).

Le nom de Abel est facile à comprendre : HBL, Havel, c’est la buée, visible mais impalpable et vaine. Le célèbre “Vanité des Vanités, Vanitas Vanitatum”, qui ouvre l’Ecclésiaste, est HBL HBLYM, Havel Havelim, Buée des Buées… Abel est pâtre, il fait un sacrifice, il est assassiné, et ne laisse de trace de son passage sur terre que les gouttes éparpillées des sangs répandus, le sien et celui de la bête sacrifiée. La confrontation de Cain et Abel est celle de l’agriculteur et de l’éleveur, du sédentaire et du nomade, du jaloux, qui se croit fils unique, seul sur terre, et de son frère évanescent, importun, encombrant, intrus, rival.

Adam, entre le sang et la terre, Ève, avide de vie, Caïn, jaloux de son unicité, Abel, buée impalpable, sans oublier Joseph, l’ajouté, comment douter que la Torah construit ces noms, chargés de sens ?

« Dans la Bible hébraïque, les calembours sont innombrables ; et innombrables surtout ceux qui sortent des noms propres, qui les nourrissent, qui les justifient (et qui nourrissent et justifient, hors Histoire, toutes sortes de narrations).
Isaac s’appelle ainsi parce que sa naissance « fait rire (sourire) » ses parents et qu’elle « fera rire (sourire de joie ?) » le peuple (cf. Genèse 18, 12-13 et 15 et Genèse 21, 6) : racine commune à « rire » et à « Isaac » : ZEQ. Et Adam est tiré du limon, parce que « terre »/ADMH et « Adam, l’homme »/ADM sont, en hébreu, des termes assonants. Et Ève est appelée ainsi (EWH/« vie », grec Zoé) parce qu’elle est « mère de toute vie/EY” (même racine, EYH – Genèse 3, 20). Et la tribu de Dan porte ce nom parce qu’elle juge (”Dan” = DN, et “juger” = DYN, Genèse 49, 16). Et, au chapitre 25 de 1Samuel, Nabal, époux d’Abigaïl, se conduit comme un idiot, « Nabal »/NBL étant l’une des formes vocaliques de la racine NBL/ « être fou ». –
Mais cela suffit, si abondants sont les exemples. »
Bernard Dubourg, L’invention de Jésus, t. 2, Gallimard, 1989, p. 159.

(1) Genèse 30, 24
WTQRA AT-SMW YWXF LAMR YXF YHWH LY BN AER,
VaTiqra Ète-Shemo Yossef LéEmor Yossaf Adonaï Ly Ben A’her,
Et elle lui donna le nom de Joseph (YWXF), en disant: Que l’Eternel m’ajoute (YXF, yossef) un autre fils ! »

Voir aussi :
Dictionnaire des noms propres de la Bible, par Olivier Odelain – Raymond Séguineau, Cerf/Desclée de Brouwer, 1978

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