Le Regard et la Grâce

Pour chaque nouveau-né, recevoir du Créateur non seulement la vie mais aussi tout un patrimoine génétique, c’est une « grâce » ; cela lui est offert « gracieusement », « gratuitement ».

En Genèse 6,8 « Noé NE trouve grâce EN aux yeux d’Adonaï ». Et en Exode 33, 11 : « YHWH parle avec Moïse “faces à faces“ (FNYM AL-FNYM, Panim’ El-Panim’) comme un homme parle à son ami. ». Que ce soit “dans les yeux“, pour Noé, ou “faces à faces“ pour Moïse, la grâce se manifeste face au regard divin.

Dans la « bénédiction des Cohanim » (Nombres 6, 24-26), la « grâce » est centrale (huitième mot sur quinze), et flanquée de deux regards de la « face » divine :
Qu’Il fasse luire sa face vers toi, et te fasse grâce
Que l’Eternel lève sa face vers toi
:יָאֵר יַהוָה פָּנָיו אֵלֶיךָ וִיחֻנֶּךָּ
:יִשָּׂא יַהוָה פָּנָיו אֵלֶיךָ
Yaèr Adonaï Panayv Eléykha ViY’hounéka
Yissa Adonaï Panayv Eléykha

YAR YHWH FNYW ALYK WYENK
YSA YHWH FNYW ALYK

* De cette bénédiction est issue la tradition chrétienne dite du “Voile de Véronique”, thème de la sixième station du “chemin de Croix” :
<< Véronique est la femme qui osa sortir de la foule pour s’approcher de Jésus portant sa croix et essuyer son visage, dont la marque resta imprimée sur le linge, faisant de Véronique la sainte patronne des photographes… >>
Or « Véronique » est une déformation de l’hébreu וִיחֻנֶּךָּ, WYENK, ViY’hounéka “Qu’Il te fasse grâce” (1).

** De EN, ‘Hen, grâce, dérive le verbe ENN, ‘Hanan, «faire grâce, “favoriser”, “gratifier” et le nom masculin, ENN, ‘Hanan, qui évoque la “gratitude” des parents à la naissance d’un garçon (2). Mais EN, ‘Hen, la grâce, est d’abord un attribut féminin, que personnifie ‘Hannah, ENH en trois lettres ‘Heth, Noun, Hé, la mère du Prophète Samuel. C’est ainsi que Anne, ‘Hannah, ENH au féminin, ‘Hanan, ENN au masculin (3) et Jean, Yo’hanan, YWENN, « Dieu fait grâce » sont devenus, dans le monde judéo-chrétien, par Jean-Baptiste interposé, avec tous leurs dérivés et composés, des prénoms très fréquents, témoignant de l’émotion universellement partagée par les parents devant cette grâce, ce miracle, qu’est la naissance de leur enfant.

(1) Marie Vidal, «Jésus et Virounèka», Romillat, 2000, p. 146-8, citée par René Guyon, sur le site “Garrigues & sentiers“, 29 janvier 2006

(2) En Genèse 36, 31 et suivants, dans la liste “des rois ayant régné au pays d’Edom, avant qu’un roi régnât sur les Enfants d’Israël”, figure un “Ba’al ‘Hanan, BŒL ENN, “ Seigneur ‘Hanan“, nom qui s’inverse à Carthage en “Hanni-bal” : le dialecte « phénicien », ou « punique », parlé à Carthage, est d’origine sémitique, proche de l’hébreu.

(3) ‘Hanan, HNN, prénom masculin, explique que Anne était un prénom « épicène » jusqu’à la Renaissance. Voir Anne de Montmorency.

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