Changer de nom

De celui qui accède à telle fonction, publique ou privée, on dit qu’il vient d’être « nommé » ceci ou cela. En somme, il change de nom, comme le font les souverains ou les papes accédant au trône, ou encore comme Bonaparte qui devient Napoléon.

Pour le commun des mortels, le changement de nom accompagne un changement de statut social ou familial. Les femmes prennent le nom de leur mari le jour de leur mariage ; chaque père fut d’abord appelé fils ; l’auteur de ces lignes s’est lui-même entendu appeler successivement Michou par ses parents, Michel par son épouse, Papa par ses enfants, et plus récemment Papi. Sans parler de son changement de nom de famille, sous l’Occupation.

Abram a une épouse, nommée Saraï. Il n’y a jamais mention de rapport sexuel dans ce couple, sauf à préciser que Saraï est stérile. Mais quand celle-ci “donne” sa servante Hagar à son époux, le verset 4 du chapitre 16 précise bien qu’Abram est « allé vers » celle-ci, qui enfante Ismaël au verset 15. Treize ans plus tard, au chapitre 17, versets 4 à 6, Abraham a 99 ans, et Elohim lui propose une alliance : « Sois le père d’une foule (HMWN, Hamone) de nations (GWYM, Goyim). On ne t’appellera plus ABRM, A.B.R.M., mais ton nom sera ABRHM, A.B.R.H.M., car je te fais père d’une foule (HM est la fin du mot Abraham et le début du mot Hamone) de nations (GWYM). Je te fructifierai beaucoup, beaucoup, tu engendreras des nations, des rois sortiront de toi »(1). La traduction traditionnelle de HMWN, depuis la Vulgate, est « multitudes ». Chez les Prophètes, HMWN rend plutôt un grondement indistinct, celui du torrent, de l’orage ou de … la foule. « Père du tumulte des nations » ?

« Des rois sortiront de toi ». Considérer Abraham comme le père des « trois religions » monothéistes oblitère la lecture « laïque » du verset : Abraham n’est pas là pour seulement devenir père, ni même pour fonder une dynastie, il est là pour affirmer que le principe héréditaire est au fondement de la continuité des nations, du concept même de « nation ». Peu importe à quelle autorité sont déclarées la naissance et la filiation d’un enfant, l’important est de les déclarer.

Abraham joue le jeu : il accepte le signe de l’alliance, à savoir la circoncision au huitième jour, puis au verset 15, un changement de nom et une formule analogues concernent aussi la mère : « Elohim dit à Abraham : Ta femme Saraï S.R.Y, tu ne l’appelleras plus Saraï, mais son nom est S.R.H. Je la bénirai et je te donnerai d’elle un fils; je la bénirai, elle deviendra des nations, des rois de peuples sortiront d’elle ».

Sarah, à 90 ans, change aussi d’appellation : de « demoiselle », elle devient « dame », en tombant enceinte. Plus exactement, elle passe de « Ma Sarah », qui marque la dépendance de la jeune épousée, à « Sarah » tout court, qui marque l’autonomie de la mère.

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(1) La valeur guématrique de ABRM est 1+2+200+40 = 243. Or 243 = 81 fois 3 = 9 fois 9 fois 3 = 3 puissance 5. AB, père, vaut 3. ABRM est un père, Ab, de quatre lettres « en puissance » d’une cinquième, H, qui vaut cinq.

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