On rira

En Genèse 17, 17, après avoir appris que lui et Sarah allaient avoir un fils, « Abraham tombe sur sa face et rit (WYZEQ, VaYits’haq) ». Deux versets plus loin tombe le nom du fils à naître : YZEQ, Yits’haq, Isaac, “On rira”. Cette heureuse nouvelle est en général confirmée, après la naissance, par la formule « Abraham et Sarah “ont la joie” d’annoncer la naissance d’Isaac ».

L’âge avancé d’Abraham et Sarah fait prétexte : il a 100 ans et Sarah 90. Toute femme, à sa première grossesse, s’effare devant la vie qui l’envahit et qui, la faisant vieille avant l’âge, interrompt ses règles et la prive du plaisir charnel, ŒDNH, ‘Edenah, Eden au féminin !


Genèse 18, 11-13 : « Abraham et Sarah étaient vieux, avancés en âge. Sarah avait cessé d’avoir ce qu’ont les femmes. Et Sarah rit (WTZEQ, Vatits’haq) en elle-même, en disant: Maintenant que je suis vieille, prendrai-je encore du plaisir (ŒDNH, ‘Edenah) ? Et mon seigneur (WADNY, VéAdoni) est vieux. L’Eternel dit à Abraham: « Pourquoi donc Sara a-t-elle ri ? (ZEQH, Tsa’haqah) ».

Le verset 15 rend compte de l’affolement fait d’euphorie, de déni et de terreur, qui s’emparent de la femme en passe de se savoir enceinte : « Sarah mentit, disant “Je n’ai pas ri” car elle eut peur. Mais Il dit : “Si, tu as ri” ». Pourquoi les commentateurs glissent-ils en général sur ces versets ?

Isaac, au contraire de ses parents, ne change jamais de nom. C’est le rire, cette fois, qui prend toutes sortes de significations, que scandent diverses formes du verbe onomatopée ZEQ, Ts’haq, “rire”. Ce n’est qu’au chapitre 21 qu’Isaac vient enfin au jour. Il est circoncis au huitième jour, il est nommé du nom prévu avant sa conception. Et ce nom renvoie à nouveau au rire. Versets 5 et 6 : « Abraham était âgé de cent ans, à la naissance d’Isaac (YZEQ, Yits’haq) son fils. Et Sara dit: Dieu m’a fait sujet de rire (ZEQ, Ts’haq); quiconque l’apprendra rira de moi (YZEQ-LY, Yits’haq-Li). » Ce n’est plus ici la femme enceinte qui est sujet de raillerie, c’est la nouvelle accouchée, dont l’enfant pourrait ne pas être celui de son mari.

Trois versets plus loin, c’est au tour d’Ismaël, le fils «naturel», de se moquer : « Sarah voit le fils qu’Hagar, l’Egyptienne, avait enfanté à Abraham qui rit (MZEQ Metsa’heq) ». Les moqueurs ont bien des raisons de mettre en doute les filiations officielles.

Si une femme annonce à son mari qu’elle est enceinte, tout le monde se réjouit ; mais si une fille annonce à son père qu’elle est enceinte, une question surgit : « De qui ? ». Dans le premier cas, on rit. Dans le second, on rigole.

Voir aussi
Crie son nom : Its’haq

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