Maîtresse et servante

Comme souvent dans la Bible, le personnage de Sarah ne prend sens que par comparaison avec celui de son doublet, en l’occurrence Hagar. Et réciproquement.

Saraï se croit stérile. Elle conseille à Abram, son mari, d’”aller vers” Hagar (HGR), sa servante, faisant ainsi de celle-ci la première “mère porteuse”. Mais une fois enceinte, la servante devient arrogante ; elle défie sa patronne, qui en retour la tourmente. Hagar s’enfuit. En Genèse 16, 9, l’ange de YHWH lui intime : « Retourne auprès de ta maîtresse et soumets-toi sous sa main ». On traduit aussi : « humilie-toi ». L’humiliation d’Hagar est celle des femmes à qui le père de l’enfant qu’elles attendent ne veut pas donner la place de l’épouse. Et “fille-mère” est une position en effet humiliante.

L’ange de YHWH continue au verset 11 : « Te voilà enceinte (HRH, Harah), Tu enfanteras un fils et tu crieras son nom : Ismaël (YSMŒAL, Yishema’el). Car YHWH a écouté (KY-SMŒ, Ky-Shema’) ta misère ». Nos “mères célibataires” sont un peu mieux traitées, encore faut-il qu’elles fassent valoir leurs droits pour être “écoutées”.

Différence sensible, jamais Sarah ne sera qualifiée d’« enceinte ». alors qu’Hagar conjugue le verbe “être enceinte“ avec insistance, depuis le verset 4 : (Abram) vient vers Hagar : elle est enceinte (WTHR, VaTahar) et voit : oui, elle est enceinte (KY-HRTH, Ky-Haratah)…

« Retourne auprès de ta maîtresse ». “Maîtresse” est ici “GBRT, Gueveret“, utilisé en hébreu moderne pour dire “Madame”. Chouraqui le traduit par “patronne”. Guever, GBR connote la vigueur sexuelle, le plus souvent au masculin. Par le Gubernare latin, “diriger un navire”, GBR nous a donné les mots “gouvernail”, “gouverner”, “gouvernement”, et le nom Gabriel, d’habitude pudiquement traduit par “Dieu est fort”. Pendant le Déluge (Genèse 7, 18-20 et 24), le verbe GBRW, Guavrou s’applique aux eaux qui forcissent, enflent, submergent l’univers. Si force il y a, c’est celle irrésistible du désir. Sarah oriente, « gouverne » le désir de son gaillard de mari. Disons qu’elle le manipule.

Voir aussi : Sarah, maîtresse-femme

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