Sur le nom de Jacob

En Genèse 27,36, Esaü, berné par son frère Jacob qui l’a privé de la bénédiction paternelle, s’écrie : « L’a-t-on appelé Jacob parce qu’il m’a déjà supplanté deux coups ? » La traduction rend incompréhensible le jeu de mots.

L’hébreu dit :
קָרָא שְׁמוֹ יַעֲקֹב וַיַּעְקְבֵנִי זֶה פַעֲמַיִם
QRA SMW YŒQB WYŒQBNY ÇH FŒMYM
Qara Chemo Y’aqov Vay’eqevény Zéh Pa’amim

Le verbe WYŒQBNY, Vay’eqevény, traduit ici par « il m’a supplanté », fait jeu de mots avec YŒQB, Y’aqov, Jacob. Or à sa naissance, Jacob est ainsi nommé parce qu’il tient le « talon » de son jumeau :
« Ensuite sortit son frère, dont la main tenait le talon (בַּעֲקֵב, BŒQB) d’Esaü » : on le nomma Jacob. » (Genèse 25, 26).
Ce qui conduit Chouraqui à traduire ainsi Ge. 27, 36 : « Il avait crié son nom Jacob, et il me talonne voilà deux fois ! »

Dans la Vulgate latine, la traduction « supplanter » (subplantavit) fonctionne avec la « plante » du pied que tient Jacob à sa naissance (plantam fratris tenebat manu).

Le mot ŒQB, Eqev, apparaît en Genèse 3, 15, à propos du serpent et d’Ève : « Lui, il te visera la tête et toi tu lui viseras le talon (Eqev) ». Le serpent et les deux coups « tordus » que Jacob fait à Esaü (le plat de lentilles et le déguisement devant son père), font dire à Elie Munk, suivant le Targoum Onqelos et le Zohar, que « le nom YŒQB comporte la notion d’une voie tortueuse empruntée par malice ou par ruse pour parvenir à ses fins ».

Jacob est un malin, qui supplante Esaü, le plante, le balade, le roule, l’entortille, l’embobine … bref, lui donne du fil à retordre…

Voir aussi :
Lectures de « Toledot »
Montées de « Toledot »

2 réponses à “Sur le nom de Jacob”

  1. Jonas dit:

    Il est amusant, en lisant la Bible de Jérusalem, de remarquer qu’elle met sur ce verset la note suivante : « Jeu de mots entre “droit d’aînesse” bekorch et “bénédiction ”berakah… et rate complètement le jeu de mot sur « supplanter », pourtant bien plus intéressant !
    Merci pour tous ces « billets » qui sont un joyau de concision et, bien souvent, d’humour.

  2. mllevy dit:

    Elie Munk (La voix de la Thora), citant le Zohar, pointe le dépit d’Esaü, qui avait jusque là méprisé le droit d’aînesse (BKRH) et qui s’aperçoit trop tard que la bénédiction (BRKH) en dépend.

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