La métaphore des parfums

Rachel sacrifie une nuit d’amour avec Jacob et l’échange avec sa sœur Léah contre un bouquet de mandragores (Genèse 30, 14-18). Quel « salaire » symbolisent donc ces « pommes d’amour » ?

Remplaçant dans l’urgence une union incestueuse par une union conjugale, Rachel fait régner l’ordre là où risquait d’apparaître de graves désordres, tant pour la société que pour l’enfant conçu dans ces conditions. Le “salaire” de Rachel, c’est au moins la satisfaction que soit respecté “l’ordre des choses”.

Nul besoin “d’ordre divin” explicite. Telle est l’“immanence“ des lois divines, qui ont leurs sanctions en elles-mêmes : la récompense du juste n’est à chercher ni dans ce monde, ni dans l’au-delà, c’est la satisfaction d’avoir fait le bien ; le châtiment du pêcheur, de même, c’est le remords d’avoir mal agi.

Le parfum des mandragores est à la source d’apologues et commentaires dont l’origine est complètement perdue de vue, ce qui est en soi une métaphore du fait que les parfums se répandent dans l’atmosphère jusqu’à s’y dissoudre. C’est ainsi que le Midrash (1) voit dans le verset du Cantique des Cantiques (7, 14) : « Les mandragores répandent leur parfum », l’image de la Loi qui se répand en Israël. Les parfums symbolisent ici la connaissance de la Loi plutôt que son étude. Rachel a “la science infuse” : les parfums flottent dans l’air, comme les lois qui n’ont plus à être énoncées pour être connues : aucun conducteur ne conduit sa voiture en gardant le code de la route à portée de main !

Le Midrash va plus loin : il cite le Premier Livre des Chroniques (12,33) qui attribue aux fils d’Issacar “l’intelligence pour les temps“ (BYNH LŒTYM, Vinah La’Ittim)”. Un Sage explique que ces temps sont ceux de la grossesse. La connaissance que répandent les parfums est aussi celle du cycle féminin et des périodes favorables à la procréation. Si favorables que le Midrash complète “Léah sortit à sa rencontre” par cette précision inattendue : “elle ne lui laissa même pas le temps de se laver les pieds“. Il y avait vraiment urgence, pour engendrer Issacar !

Le parfum des mandragores conduit donc le lecteur de la Torah, s’il est guidé par un maître compétent, à réfléchir tant à la prohibition de l’inceste qu’au calendrier Ogino… Vous sentez-vous après cela plus intelligent ? Eh bien, c’est cela votre récompense…

(1) Le Midrash Rabba sur la Genèse, tome 3, p. 170. Commentaire de Genèse 30, 16-18 Traduction : Maurice Mergui. Editions OT, 2007.

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