Deux puissance Sept

Le premier verset du chapitre 23 de la Genèse, énonce avec emphase : « Et ce sont les vies de Sarah : cent ans (SNH, Shanah) et vingt ans (SNH, Shanah) et sept ans (SNYM, Shanim), les années (SNY, Shenéy) des vies de Sarah »

Pourquoi ce pluriel, “les vies” (EYY, ‘Hayéy ), répété deux fois ? Le pluriel de SNH, Shanah, année est-il SNYM, Shanim, ou SNY, Shenéy, qui, prononcé sheni, signifie aussi “deuxième“ ? Le mot SNH, Shanah, “année”, est proche du mot SNYM, Shenaym, “deux” au masculin ; la MSNH, Mishna, c’est la répétition. Les commentateurs évoquent la double vie de chacun, ici-bas et dans l’au-delà, celle du corps et celle de l’âme… Les étymologistes rappellent que “double” est proche de “diable”. Le diable, c’est le double impossible du Dieu Unique. “Redoubler” une “année” scolaire n’est pas glorieux.

Le principe de fusion/fission cellulaire est à la base du développement de toute vie sexuée : deux cellules qui fusionnent en une, une cellule qui se scinde en deux. Les énigmes classiques des nénuphars de l’étang, et des grains de blé récompensant l’inventeur du jeu d’échecs, illustrent la table des puissances de deux. Répétons : une cellule née au premier jour se divise, elle en devient 2 au 2ème jour, 4 au 3ème, 8 au 4ème, 16 au 5ème, 32 au 6ème, 64 au 7ème et 128 au 8ème jour. On en prélève alors une, le prépuce d’Isaac, fils de Sarah, la cellule-mère en garde 127. En termes mathématiques on écrit : 2 puissance 7 moins 1 égale 127.

La circoncision est d’abord coupure, rappelant celle du cordon ombilical. Mais elle est aussi alliance entre fils et père. Isaac est circoncis au huitième jour, Sarah sa mère vit 127 ans, il y a là une arithmétique qui ouvre la réflexion sur l’alliance, la création du lien, et sur l’association mort-résurrection (dont l’association sommeil-réveil est un petit modèle). Lors de la conception d’un nouvel être, que deviennent l’ovule maternel fécondé et le spermatozoïde fécondateur ? « A moins que le grain de blé tombé en terre ne meure, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit » (Jean 12, 24). On dit que Sarah “rend” son âme à Dieu, que la circoncision vaut remboursement de la goutte de semence reçue du père. Les talmudistes y voient une taxe, un prélèvement obligatoire, un droit d’entrée dans l’Alliance.

Toujours est-il que tout le chapitre 23 accumule les doublements. La grotte où se situera le caveau de Sarah est appelée « Makhpela » MKPLH, sur la racine KPL, qui signifie “Double” . Dès le verset 2, “Sarah meurt à Qiriat Arba’ (QRYT ARBŒ),­ c’est Hébron en terre de Canaan“. Non seulement le nom du lieu est double, mais Qiriat-Arba’, c’est le “village des Quatre”. “Quatre” renvoie, entre autres, aux quatre points cardinaux et le son “Arba’ ” à la bénédiction pontificale “Urbi et orbi“, “à la Ville et au monde”.

Extrait de En hébreu dans le texte, chap. 35 « Le double et la moitié »
À paraître aux Éditions Judéopédia

Voir aussi :
Montées de « Hayé Sarah »
Lectures de Hayé Sarah
Vie et survie de Sarah
Le double et la moitié

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