La bavure
Dans l’épisode du viol de Dinah, deux fils de Jacob se rendent coupables d’ « usage excessif de la force ».
En Genèse 34, Sichem fils de Hamor ((שְׁכֶם בֶּן־חֲמוֹר, SKM BN-EMWR,, Shekhèm Bèn-‘Hamor), s’éprend de Dinah, (דִינָה, DYNH), fille de Jacob, et couche avec elle. Très amoureux, il propose de l’épouser, prêt à payer sa dot, aussi élevée soit-elle. Les frères de Dinah objectent qu’elle ne saurait épouser un incirconcis et demandent à leurs voisins de se faire circoncire : ainsi (verset 16), nous serons un seul peuple (וְהָיִינוּ לְעַם אֶחָד, WHYYNW LŒM AED, VeHayyénou Le’Èm E’had).
Marché conclu, mais … versets 24-26 :
Tous les mâles se firent circoncire (…). Le troisième jour, pendant que ceux-ci étaient souffrants, deux fils de Jacob, Siméon et Lévi, (שִׁמְעוֹן וְלֵוִי, SMŒWN WLWY, Shime’one VeLéviy), frères de Dina, prirent chacun leur épée, tombèrent sur la ville qui se croyait en sécurité, et tuèrent tous les mâles. Ils passèrent aussi au fil de l’épée Hamor et Sichem, son fils.
Ce n’est pas tout … versets 27-29 :
Les fils de Jacob se jetèrent sur les morts, et pillèrent la ville, parce qu’on avait déshonoré leur sœur. Ils prirent leurs troupeaux, leurs bœufs et leurs ânes, ce qui était dans la ville et ce qui était dans les champs ; ils emmenèrent comme butin toutes leurs richesses, leurs enfants et leurs femmes, et tout ce qui se trouvait dans les maisons.
Le lecteur, horrifié, s’attend qu’au moins Siméon et Lévi soient châtiés ; ils sont responsables de ces cruelles représailles, qui visent non seulement l’auteur du viol, mais des sujets poussant la bonne volonté jusqu’à se faire circoncire. Or Jacob se montre indulgent ; il ne punit pas ses deux fils, et craint seulement la ruine de sa réputation.
Versets 30-31 :
Alors Jacob dit à Siméon et à Lévi: “Vous me rendez odieux aux habitants du pays (…) ils se rassembleront contre moi, ils me frapperont, et je serai détruit, moi et ma maison. À quoi ils répondent seulement : Traitera-t-on notre sœur comme une prostituée (כְזוֹנָה, KÇWNH, KeZonah) ?.
Mais Jacob n’en reste pas là. La violence dont ont fait preuve ses fils lui reste en travers de la gorge. Sur son lit de mort, il s’écrie (Genèse 49, 5-7) : Siméon et Lévi sont frères; leurs glaives sont des instruments de violence. (…) Maudite soit leur colère, car elle est violente, Et leur fureur, car elle est cruelle ! Je les disséminerai dans Jacob, et je les disperserai dans Israël.
Selon cette prophétie, la tribu de Lévi n’aura pas de territoire propre ; en raison de sa mission sacerdotale, ses membres seront répartis sur l’ensemble du pays d’Israël. Quant à la tribu de Siméon, lors du partage de Canaan par Josué, elle sera enclavée dans le territoire de celle de Juda. Elie Munk commente : « Ainsi neutralisée, la menace représentée par les mœurs violentes des deux frères se trouvera écartée, et leur dispersion parmi les tribus d’Israël aura un effet salutaire sur la nation. Car ils apporteront à leurs frères, et notamment aux époques de persécution et de défaite, leur courage, leur force, leur flamme sacrée et un noble sentiment de fierté ».
L’État, transcendant aux mortels qui le constituent à chaque instant, est détenteur de la violence légitime : il peut déclarer la guerre à d’autres États et contraindre par la force les individus qui ne respectent pas la loi. Mais la violence a des limites.
Quoique le bombardement de Dresde ou la bombe atomique de Nagasaki fussent de trop, ces excès n’ont certes pas altéré la légitimité du combat que menaient alors le Royaume-Uni contre l’Allemagne et les États-Unis contre le Japon. Mais ils n’ont pas servi leur cause.
Il appartient à chaque État en guerre de proportionner les moyens employés aux buts poursuivis et de sanctionner l’usage excessif de la force, sous peine de voir la ruine de sa réputation servir d’arme à ses ennemis. Quant aux fanatiques, pour prévenir leurs crimes, il importe d’en canaliser la violence et d’encadrer leur ardeur.
13 avril 2022 à 14:41
En hébreu dans le Texte.
Sommaire
Voir aussi :
*Translittération
*Le Précepteur. Comment Moïse entreprit la Bible (Bookelis)
*Aperçu sur Amazon
*Recension par Jean-Pierre Allali
13 avril 2026 à 13:54
Commentaire de Jacob Ouanounou, sur la page Facebook de Michel Louis Lévy
13 avril 2026
Des propos vides (que j’aborde dans l’ordre inverse pour la pédagogie) comme :
1. « Quant aux fanatiques, pour prévenir leurs crimes, il importe d’en canaliser la violence et d’encadrer leur ardeur. ». Quelle méthode proposez vous ? Vous pensez vraiment que les caresses suffiront ? Et vous pensez que les fleurs, des plus douces aux plus piquantes, n’ont pas été tentées par Israël pendant des décennies. À nouveau : en attendant à chaque fois beaucoup trop longtemps et en prévenant à chaque fois à plusieurs reprises avant de passer à l’échelle supérieure, ainsi que je l’ai déjà écrit.
2. Ou comme : « Quoique le bombardement de Dresde ou la bombe atomique de Nagasaki fussent de trop » . Qu’est-ce qui vous permet de dire cela ? Sur quelle expertise militaire vous appuyez vous ? Qu’est-ce qui aurait permis de clore ces conflits plus vite ou avec moins de victimes ?
3. Ou comme : « Mais ils n’ont pas servi leur cause. » Ah bon ? Quelle cause ont-ils servie ?
4. Ou comme : » Il appartient à chaque État en guerre de proportionner les moyens employés aux buts poursuivis » . Proportion ! Le mot magique ! Le mot qui permet de se draper gratuitement de sagesse ! Quelle est selon vous la bonne « proportion » ? Quelle solution proposez vous qui stoppe des fanatiques prêts à mourir pour commettre un génocide (et enrichir leur système mafieux – L’Iran des Mollah a détourné la quasi totalité des richesses de ce pays, quatrième producteur de pétrole, où l’essence est rationnée !) ? Soyons concrets ! Quelle proportion ? Et quelle garantie concrète apportez vous ?
5. Ou comme : « et de sanctionner l’usage excessif de la force » encore une fois : justifiez l’adjectif « excessif ». De plus : est-il HONNÊTE d’exiger d’un pays de 9 millions d’habitants, attaqué par près de 100 millions de fanatiques surarmés, de tourner ses forces contre ceux qui dans son peuple tentent de le défendre. Je parle bien d’honnêteté.
6. Ou comme : « sous peine de voir la ruine de sa réputation servir d’arme à ses ennemis. » Golda Meïr, il y a plus d’ un demi siècle, disait : je préfère vos condamnations à vos condoléances. Mon point de vue est que même l’opinion de Golda Meïr est obsolète et que vous êtes en retard de plusieurs trains.
Aujourd’hui, le temps du dialogue est terminé, et pas seulement au Proche Orient. Même au sein même d’un pays en apparence évolué comme la France. Les rapports de force et les embrouilles se généralisent et détruisent toute possibilité de dialogue depuis bien longtemps. C’est ainsi que s’est déroulée la quasi totalité de l’Histoire de l’Humanité, et il n’y a aucune raison qu’il en soit autrement.
Bien sûr, il faut tenter le dialogue et Israël n’a eu de cesse de le faire depuis près de 80 ans, beaucoup beaucoup beaucoup plus que n’importe quel état dans le monde. Il y a eu une période où le dialogue portait ses fruits. Aujourd’hui, dans tous les conflits, ceux dont on parle comme tous ceux très nombreux dont on ne parle pas, le dialogue ne sert qu’à montrer sa force à l’ennemi. Et ce n’est plus que la force qui parle. Depuis au moins vingt ans, et les islamistes l’ont très bien compris. Pas vous. Ceci me déçoit, cher Camarade.
Post scriptum :
7. Ou comme : « Mes enfants séjournaient en Israël le 28 février dernier, sont rentrés par Taba et Charm-el Cheik, et ont gardé sur leur téléphone les applications des alertes aux missiles. ». Je ne vois pas, à part la posture victimiste très scénarisée, l’intérêt de cette remarque dans le débat, en quoi elle apporte une solution, ou en quoi elle éclaire le jugement que vous portez sur Israël. J’ai pour ma part trois enfants en Israël. Ils n’ont pas quitté le pays. D’autres combattent depuis 3 ans et se plaignent moins que vous.
13 avril 2026 à 22:12
Réponse à JO de Michel Louis Lévy
Je reporte vos 7 points en commentaire du billet « La bavure » sur le blog de Judeopedia. Mais je vois que vous commettez un contre-sens, dont je suis évidemment responsable par l’imprécision de mon propos. Les « fanatiques » dont il s’agit dans la dernière phrase sont les fils de Jacob, Siméon et Lévi, auteurs des massacres du peuple de Hamor, que Jacob maudira sur son lit de mort : « Maudite soit leur colère, car elle est violente, Et leur fureur, car elle est cruelle ! », mais qui n’ont droit d’abord qu’à une remontrance : « Vous me rendez odieux aux habitants du pays (…) ils se rassembleront contre moi, ils me frapperont, et je serai détruit, moi et ma maison. » A chaque « bavure », Israël se rend odieux à ses ennemis arabes et antisémites, qui se groupent et le condamnent, dans les media et aux Nations Unies, jusqu’au Conseil de Sécurité. Tout le reste découle de ce contre-sens.
Jacob Ouanounou à Michel Louis Lévy
Je vois des contresens bien plus profonds chez vous. Tout d’abord, je vous le répète, l’épisode biblique que vous rapportez est absolument hors sujet aujourd’hui. Si vous voulez parler de l’opinion publique arabe aujourd’hui en référence à la bible, il faudrait que vous trouviez un prophète qui ait tenu compte en contexte de guerre de l’image des juifs chez Amalek, chez les Philistins ou les Moabites. Le peuple de Hamor avait des dispositions pacifiques et avait pris des actions concrètes et collectives pour prouver leur volonté de paix. Ce n’est absolument pas le cas aujourd’hui.
Par ailleurs, vous accordez à nos ennemis une bonne foi qu’ils n’ont pas. Ni l’Iran, ni le Hezbollah, ni le Hamas n’ont attendu la moindre « bavure » pour planifier le génocide des juifs, et organiser, non des bavures, mais des massacres de civils et des bombardements intentionnels de zones habitées depuis 20 ans ! Vous parlez de réponse « proportionnée » ce mot pseudo sage mais accusateur magique. Donnez moi une seule proportion qui n’ait été explorée par Israël ! Je vous rappelle qu’Israël a donné du travail aux gazaouis, les a nourris, soignés, y compris leurs dirigeants qui ont ensuite organisé la cruauté diabolique du 7 octobre, leur a offert des champs agricoles avec des technologies de pointe, a installé leur réseau téléphonique, l’adoucissement de l’eau, leurs infrastructures, a fait d’innombrables propositions territoriales, … Donnez moi l’exemple d’un seul pays, à n’importe quelle époque, qui ait donné du travail à ses ennemis, sous une autre forme qu’un esclavage. Mais la seule réponse : le terrorisme et les slogans qu’on entendus le 8 octobre.
Non, vous vous trompez, cher Camarade. Et si vous décidez de publier mes anciennes réponses, ajoutez celle ci s’il vous plait ou retirez les toutes.
Merci